La Flotille pour Gaza II : 3 ans déjà…


  • Chroniques du Ramadan – 6.

    C’était en 2011, au début du mois de juillet. En Grèce, nous étions plusieurs dizaines de pacifistes français venus rejoindre la grande famille du mouvement de solidarité internationale avec la Palestine. Notre but ? Monter à bord d’une quinzaine de bateaux pour se diriger vers Gaza afin de briser le blocus infâme qui maintenait en cage plus d’un million et demi de Palestiniens. Affrétés grâce aux dons de centaines de milliers de sympathisants provenant de nombreux pays (Turquie, Nouvelle-Zélande, Etats-Unis, Jordanie, France, Espagne, Afrique du Sud etc), ces bateaux devaient réitérer l’opération « Flottille pour Gaza » menée un an plus tôt. Pour rappel, celle-ci s’était soldée par l’assaut brutal des forces israéliennes qui avaient tué plusieurs militants turcs et suscité l’indignation du monde entier.

    Deux bateaux avaient été acquis par le contingent français. Ils avaient été achetés grâce à l’impressionnant élan de solidarité qui avait parcouru la société française dans les mois précédents le départ de la Flottille. Sur l’année écoulée, plus de 700 000 euros avaient été récoltés. Une grande partie de cette somme avait été levée lors des dizaines d’actions entreprises localement par de nombreuses associations. Au-delà du départ vers Gaza, cette levée de fonds était la première victoire symbolique enregistrée car elle illustrait combien une grande partie de l’opinion française était réceptive à cette opération de solidarité à destination de Gaza.

    En ce début juillet, le démarrage de la quinzaine de bateaux devait se faire simultanément depuis les ports d’Athènes. Très vite, le gouvernement grec a fait savoir qu’elles refusaient ce départ. Sans surprise, tout le monde avait compris que c’étaient les autorités israéliennes qui étaient à l’origine de ce coup de pression. Même trois ans plus tard, on ne peut que rester pantois face à cette obstruction qui révélait que le blocus israélien s’était étendu jusqu’aux rives de l’Union européenne. Il y avait en effet (et il y a toujours) de quoi s’indigner : tous les bateaux sont restés à quai ou arraisonnés immédiatement après leur départ par la police grec du fait de l’intransigeance américano-israélienne qui voulait absolument bannir toute nouvelle action à fort retentissement médiatique en faveur de Gaza. Malgré notre dépit de ne pouvoir partir en mer, il y avait quand même cette once de réjouissance : si Tel Aviv avait mené une telle pression, c’est bien parce que la Flottille faisait peur et que l’opération était de nature à emporter la sympathie de l’opinion publique mondiale en faveur des opprimés de Gaza.

    Malgré la mobilisation des services secrets de plusieurs pays, un petit bateau avait réussi à déjouer l’attention. Ayant rejoint à la dernière minute la Flottille, le « Dignité-Al Karamah » n’avait pas jeté l’ancre dans un port d’Athènes mais dans une île au large de la capitale grecque. C’est cette ruse qui a permis à ce petit bateau à moteur de s’élancer vers le large le 4 juillet 2011.

    Avec à son bord 13 personnes dont la députée européenne verte Nicole Kill-Nielsen, l’ancien porte-parole du NPA Olivier Besancenot ou Annick Coupé du syndicat Solidaire, nous avons passé plusieurs jours dans les eaux internationales avec Gaza comme ligne de mir. Arrêté en Crète au bout de quelques jours et après plusieurs péripéties, le bateau a finalement pu faire route vers Gaza. Mais comme l’année précédente, arrivée au large du territoire palestinien, les navettes de l’armée israélienne l’ont arraisonné pour le détourner en Israël.

    Cette histoire de la Flottille de la Liberté a été un moment fort dans l’histoire du mouvement de solidarité avec la Palestine en France. Elle a démontré que de nombreuses associations, organisations, syndicats et partis politiques pouvaient conjuguer leurs efforts pour porter ensemble des revendications de justice, de respect et de dignité. En ces temps où Gaza est toujours frappée par les bombes israéliennes, il serait bon de renouer avec cet esprit.