« La vallée des fleurs » : cette histoire de Gaza oubliée


  • Chroniques du Ramadan – 11.

    Hier soir, je n’ai pas vu le match mais j’ai bénéficié d’un bien meilleur moment : un iftar en compagnie de mon ami Christophe Oberlin. Christophe est chirurgien et enseignant à l’Université Paris VII, spécialiste des lésions nerveuses et de la microchirurgie. Depuis décembre 2001, il se rend 3 fois par an à Gaza dans le cadre de missions médicales. Il s’y est donc rendu une quarantaine de fois ces dernières années. Sa dernière visite remonte au mois dernier. Un homme exceptionnel, engagé et au courage admirable.

    Il a écrit de nombreux ouvrages sur Gaza, notamment « Gaza, au carrefour de l’histoire » qui est la traduction d’un livre en anglais retraçant l’histoire de Gaza depuis l’Antiquité. Il a aussi rédigé « Chroniques de Gaza » qui reprennent ces chroniques rédigées au gré de ces séjours. Mais le livre qui va certainement le plus me marquer dans les productions de cet homme, c’est « Marj Az Zohour », « La vallée des fleurs ». C’est un livre qui raconte l’histoire de ces centaines de Palestiniens expulsés de Gaza en décembre 1992 et envoyés au sud-Liban. Durant leur exode, ces hommes qui sont médecins, chauffeurs, enseignants, techniciens etc vont vivre une situation dramatique. Loin de leurs familles, subissant le froid et la neige pendant des mois, ils finiront par bâtir un camp qui ressemblera à une vraie ville. Ce qui est vraiment frappant, c’est que ceux qu’Israël nomme « terroristes » et la presse internationale de « fondamentalistes » vont immédiatement fondés une université dans leur campement. Pour la plupart membres du Hamas, ils mettront en application l’enseignement de leur mentor, le Cheikh Ahmed Yassine. Répondant à un jeune gazaoui qui voulait se lancer dans la vie active, le fondateur du Hamas lui déconseilla ce choix en lui répondant : « Je veux des intellectuels, des scientifiques, des penseurs ». C’est cette détermination à compenser l’humiliation de l’occupation par la poursuite des études qui ressort de la lecture des premières pages du livre.

    A l’heure où Gaza subit un nouvel assaut des forces d’occupations israéliennes, il nous faut, au-delà des invocations, agir sur trois leviers :

    – l’aspect économique sous le double volet d’un boycott d’Israël et le soutien financier aux organisations caritatives comme le CBSP ou BarakaCity. Pour ce qui est du Boycott, j’ai été sidéré ces derniers temps de constater que beaucoup de personnes dans la communauté musulmane ne connaissent pas le mouvement BDS. Il est urgent de faire connaître au plus grand nombre les tenants et aboutissants de cette dynamique internationale de Boycott intégrale des produits israéliens. En pleine période de Ramadan, attention donc aux dattes que vous achetez car il n’est pas rare de voir des musulmans rompre le jeûne avec des dattes « Made in Israel ».

    – faire connaître la situation par tous les moyens nécessaires. Sur internet, dans les associations, auprès de vos proches ou au sein des mosquées, n’hésitez pas à discuter, à interpeller, alerter sur ce qui se passe. Il serait bon que vous conseilliez vos responsables de mosquée pour consacrer le prochain prêche à la situation de Gaza pour mobiliser les consciences dans le cadre d’un authentique élan de solidarité.

    – écrivez à votre député pour qu’il condamne clairement la nouvelle agression israélienne. Les députés ont droit à la parole à l’Assemblée nationale et leur parole pèse auprès des autorités. Plus nombreux vous serez à les interpeller, plus il y aura des chances que la France s’exprime et condamne le terrorisme d’Etat israelien. Si l’on reste silencieux, vous pouvez être surs que rien ne changera.

    Une dernière chose : la science est une arme et l’information est la première étape de la mobilisation. Pour bien saisir la situation, je vous propose le livre du Professeur Oberlin, « La vallée des fleurs ». Ce sera le livre de la semaine.

    C’est le mois du Ramadan et donc des actions méritoires. Profitez-en pour agir intelligemment.