Victoire de François Fillon : que faire après ce résultat inquiétant?


  • Les résultats de ce soir sont non seulement décevants mais inquiétants. Même s’il faut naturellement respecter le choix des électeurs, ils n’augurent rien de bon pour l’avenir de notre pays.

    François Fillon qui vient de l’emporter sera avec une très grande probabilité le prochain président de la République. Il sera, comme Marine Le Pen, qualifié pour le second tour et la présidentielle se jouera entre le vrai Front National et un Front National bis comme l’a récemment bien résumé le journaliste Denis Sieffert. Le principal enseignement de cette primaire est donc là : avant de gagner dans les urnes, l’extrême droite et la droite dure ont déjà gagné dans les têtes. Jamais dans l’histoire de la 5e République, cette famille politique n’avait atteint un tel niveau auprès de l’opinion.

    Sur trois sujets majeurs pour notre futur, la victoire de Fillon est une très mauvaise nouvelle. Avec son programme ultra libéral, il va, comme l’a justement démontré une analyse de Mediapart, dépecer le modèle social français qui représente pourtant l’un des acquis majeurs d’après Guerre. Sur les questions d’islam, il va à coups surs jouer sur le ressort anxiogène d’une religion gangrénée par le « salafisme » et prendre des mesures d’exception pour contrôler une communauté présentée comme suspecte. Enfin sur le plan international, son amour de la Russie et son alliance avec le sanguinaire Bachar al-Assad vont être interprétés par ceux qui sont en train de raser Alep comme le signal d’une France qui se range derrière les fossoyeurs d’une Syrie détruite. Casse sociale, populisme et couverture des crimes de guerre seront donc au menu du prochain gouvernement français. Cela inaugure une triste période pour l’avenir de notre pays.

    Alors face à cela, que faire? Nous n’avons pas le choix que de poursuivre et d’amplifier ce que l’on fait depuis toujours. Viser l’excellence, travailler pour donner le meilleur à ce pays, savoir lui exprimer son amour comme ne jamais occulter sa part d’ombre, étudier, s’engager dans les associations comme sur les réseaux sociaux de sorte à façonner une opinion qui sera davantage portée à l’apaisement qu’à la rupture. Nous n’avons pas le choix même si cela risque d’être dur et compliqué pour les prochaines années.

    Un dernier mot enfin sur celles et ceux qui auraient critiqué mon choix pour cette primaire. Je tiens d’abord à rappeler que cette démarche n’était en rien un vote POUR Juppé mais un vote CONTRE Fillon. Comme l’a très bien fait remarquer le politologue Vincent Geisser, c’était donc « un vote de conscience plus qu’un vote de confiance ». Ne pas le comprendre relevait au mieux de l’incurie au pire de la malhonnêteté. Un autre message aussi pour celles et ceux qui ont pensé que je souhaitais enrôler un « vote musulman » pour Juppé. Là aussi, c’est assez étrange de voir mes propos déformés. Depuis longtemps, j’ai dit et expliqué qu’il n’y avait pas de « vote musulman » au sens où les citoyens musulmans, qui sont traversés par de profondes lignes de clivages, ne se mettront jamais d’accord pour une même consigne de vote. C’est d’ailleurs d’une part impossible et d’autre part non souhaitable. Par contre, j’ai une sensibilité musulmane qui irrigue les différentes sphères de ma vie et la vision de l’éthique de ma religion me pousse à avoir un certain positionnement politique. Là aussi, ne pas comprendre ces éléments simples (ou faire semblant de ne pas les comprendre) est consternant. Je continuerai donc à donner mon avis sur les grands sujets de notre société avec en ligne de mire la cohésion de notre pays et la volonté de contribuer, à partir de ma sensibilité propre, à l’édification d’une France plus apaisée.