Battre Le Pen le 7 mai et combattre Macron en juin : voilà pourquoi je voterai contre le FN dimanche prochain


  • Voilà pourquoi en sept arguments je vais, sans gaieté de coeur, voter dimanche pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen.

    1) D’abord il faut rappeler la nocivité ontologique du programme du Front national. Cette formation politique dispose d’une histoire qui plonge ses racines dans la France de Vichy et la nostalgie de l’Algérie française. Je n’oublie pas que ce parti nourrit une vision du monde qui fait de la France un pays figé dans une identité blanche et chrétienne et qui, par ricochet, tient en suspect des millions de citoyens musulmans et juifs. Le programme du Front national est idéologiquement fermé, politiquement dangereux, socialement trompeur et écologiquement vide.

     2) Dans le sillage de ce développement, je rappelle que Marine Le Pen propose l’interdiction du port du voile dans l’espace public. Récemment, Gilbert Colard qui est son proche conseiller a, en prétextant frauduleusement de la laïcité, exigé une interdiction de l’abattage rituel et la fin du halal. Il y a quelques jours, Marine Le Pen demandait l’annulation du Salon du Bourget et la dissolution de structures musulmanes totalement légalistes comme l’UOIF ou le CCIF sur la base d’accusations grossières. Ce genre de propositions n’augure rien de bon pour le vivre ensemble dans un moment périlleux de notre histoire. Voter pour le Front national dans ce contexte, c’est jeter de l’huile sur le feu et prendre le risque d’une situation intenable au lendemain du 2e tour. Les minorités seront davantage ciblées, le voile risquera d’être banni de l’université et la réputation de la France sera grandement abîmée portant atteinte à son image et ses intérêts. Enfin, avec Le Pen au pouvoir, la France risque de basculer dans un Etat policier avec un élargissement de la présomption de culpabilité.

     3) On me dit souvent dans la communauté musulmane qu’on aura le choix dimanche prochain « entre une facho et un sioniste ». Cette équation n’est pas posée dans les bons termes. Si on suit cette logique, il faudrait plutôt dire que le choix se fera entre une facho pro sioniste et un candidat proche d’Israël. En effet, il ne faut pas oublier que Marine Le Pen, dans l’optique de se laver les mains de l’accusation d’antisémitisme qui colle à la peau de son parti, a tout fait ces dernières années pour se rapprocher de l’extrême droite israélienne. Elle a fait des pieds et des mains pour se faire inviter à Tel-Aviv en envoyant un de ses proches sur place (Louis Alliot) pour préparer un éventuel voyage. Je rappelle que son proche collaborateur Florian Philippot a dernièrement pris comme avocat Gilles-William Goldnadel. Ce dernier est un membre actif de la mouvance ultra-sioniste, proche de la LDJ et membre du CRIF. Qu’on ne vienne pas me dire donc que Macron est un sioniste en oubliant que sur ce dossier, sa rivale fait tout simplement pire. 

    4) Je comprends amplement la rancoeur de celles et ceux qui se posent encore des questions et qui ne souhaitent plus faire le jeu de cette lancinante musique qui consiste à agiter l’épouvantail du FN pour voter éternellement pour la gauche ou la droite. Je comprends le discours qui affirme que les politiques de droite et de gauche ces dernières années ont fait le lit du FN en adoptant ses idées lorsque ces derniers étaient au pouvoir. Je comprends cette exaspération mais je dis à celles et ceux qui la nourrissent de ne pas se tromper de colère. Le programme de Macron est très mauvais notamment dans son versant libéral et de casse sociale, mais celui de Marine Le Pen est plus nocif. Je fais barrage au FN dimanche 7 mai et le lendemain, je combattrai le projet d’Emmanuel Macron lors des élections législatives. J’ajoute que je ne comprends pas le raisonnement de certains abstentionnistes qui nous disent que voter Macron aujourd’hui, c’est préparer la victoire de Marine dans 5 ans. Comme leur rétorque le sociologue Eric Fassin dans un récent tweet : « Macron élu le 7 mai, c’est Le Pen dans 5 ans. Certes, mais… Le Pen élue le 7 mai, c’est Le Pen dans 15 jours pour 5 ans. »

     5) A ce propos, je ne sais pas si les personnes qui souhaitent s’abstenir se rendent compte de l’élévation continue du vote Front national depuis quelques années. Marine Le Pen a engrangé plusieurs millions de sympathisants depuis 2002 année où son père était déjà présent au second tour. Depuis la dernière élection régionale de décembre 2015, sa formation a gagné près d’un million d’électeurs. Au premier tour, je rappelle que le FN est arrivé en tête dans 47 départements ainsi que dans 202 circonscriptions! Je dis donc encore une fois aux abstentionnistes de ne pas se tromper de colère d’autant que cette élection n’est pas encore jouée. Marine Le Pen a une chance de l’emporter, et même si elle perd (ce que je souhaite ardemment), il faudra tout faire pour que son score soit le plus bas possible. Car si, par exemple, son score s’établirait autour de 40 % (chiffre considérable), cela entraînera une dynamique favorable en sa faveur qui pousserait des dizaines de candidats de son parti à l’Assemblée nationale le mois prochain. Cette perspective n’est vraiment pas à écarter puisque le délitement du Front républicain et l’émiettement des voix de la « gauche » offrent un boulevard à de nombreux frontistes pour gagner dans les circonscriptions et siéger dans la future Assemblée. On imagine alors leur poids dans la prochaine législature, leur nuisance dans les commissions et leur influence dans la détermination de l’ordre du jour des séances. Aujourd’hui, le FN dispose de deux députés et il est puissant. Demain, il risque d’en avoir plusieurs dizaines et là, il sera en capacité de faire la pluie et le beau temps. Je dis donc à celles et ceux qui pensent que l’affaire est pliée et que ce n’est donc pas la peine d’aller voter dimanche qu’ils se trompent de calcul et de projection. L’élection de Trump et le Brexit nous ont montré combien les sondages étaient parfois trompeurs et combien les jeux étaient loin d’être faits.

    6) En matière de politique étrangère, j’ajoute que ceux qui nous disent que Macron est un va-t-en guerre pro-Otan oublient le revers de la médaille du projet lepéniste en matière de politique étrangère. Soutien résolu du régime tortionnaire de Bachar al-Assad et laudateur de Poutine qui a (ne l’oublions pas) entrepris il y a vingt ans une politique d’extermination du peuple tchétchène, Marine Le Pen fait sienne une vision du monde où « le fondamentalisme islamiste » est la clé de lecture des conflits qui tourmentent le monde musulman. Le problème est que pour Le Pen, n’importe quel mouvement du monde arabe qui appelle à une reconsidération de la logique de domination du Sud par le Nord est accusé d’extrémisme. Son acharnement contre la confrérie des Frères musulmans est l’incarnation de cette diabolisation maladive, ce qui lui fait oublier que ce mouvement est arrivé en tête de quasiment toutes les consultations libres et transparentes organisées dans le monde arabe depuis 2011. Cette lecture binaire, outre l’insulte faite aux millions de Syriens qui se sont levés contre un Etat de barbarie, la fait soutenir des gouvernements putschistes comme celui du maréchal al-Sissi. Marine Le Pen a donc non seulement applaudi à un coup d’Etat militaire (Egypte) applaudi à la politique criminelle d’Israel contre la bande de Gaza et pris en exemple le régime policier des Emirats arabes unis qui a mis sur une liste d’organisations terroristes des dizaines de structures musulmanes à travers le monde. Détail intéressant : Marine Le Pen est proche du gouvernement des Émirats arabes unis qui, comme l’a rappelé un article fouillé de Mediapart, veut la financer. L’acharnement de Marine contre l’UOIF lors du débat de ce soir peut donc apparaitre comme un service rendu à un gouvernement dont le FN est idéologiquement (et financièrement ?) très proche.

    7) Pour finir, je rappelle que je suis en bien des points frontalement contre le projet présidentiel d’Emmanuel Macron. Son passé dans les rouages des grandes banques, son accointance avec de nombreux medias mainstream, sa présence pendant de longs mois dans le gouvernement Valls au poste de ministre de l’Economie à un moment où la loi El Khomri a été adoptée ne présagent pas d’un avenir radieux. De même, son programme sociétal avec sa volonté d’élargir la PMA (procréation médicalement assistée) aux femmes seules et les couples de lesbiennes est aux antipodes de ma vision de la famille et de la filiation. Encore une fois, je ne dis pas que je vais voter pour lui par conviction, je rappelle que face à une situation aussi tendue, je prends mes responsabilités en évitant le pire. Comme le rappelle justement l’intellectuel Gustave Massiah, au slogan « pas une voix pour Le Pen, pas une voix pour Macron », je préfère le mot d’ordre « battre Le Pen, combattre Macron ». Nous aurons tout le loisir, dès le lendemain du 2e tour de s’organiser et s’engager au niveau local pour envoyer à l’assemblée des députés qui puissent refuser les dérives libertaires et les diktats antisociaux. Du reste, nous sommes nombreux à ne pas avoir attendu cette campagne électorale pour se réveiller et travailler à une conscientisation la plus large possible par un travail d’éducation populaire depuis des années. Je n’aurai aucun remords si demain, Emmanuel Macron prendrait une décision qui me heurterait puisque je serai dans la rue et le débat intellectuel pour le combattre. Cela me rappelle un ami qui avait voté Hollande en 2012 (choix que je n’avais pas fait puisque j’avais été l’un des seuls « leaders communautaires » à appeler à voter ni Hollande ni Sarkozy, la vidéo est là) et qui, lorsque je lui avais demandé s’il n’avait pas un cas de conscience lors de l’adoption du mariage gay m’avait rétorqué l’argument suivant : « je n’ai pas voté pour Hollande mais contre Sarkozy et aujourd’hui, je suis dans la rue pour lutter contre cette disposition qui heurte mon éthique ». J’ai trouvé son raisonnement très cohérent. C’est un peu le même que celui que j’ai aujourd’hui.