Samy Debah, un militant des droits de l’homme qui dérange ?


  • Il faut croire que certains hommes politiques sont prêts à tout pour décrédibiliser leurs adversaires. Samy Debah, ancien président du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) est au centre d’une campagne de diabolisation ourdie par des réseaux pro-israéliens. Retour sur cette affaire qui en dit long sur les méthodes particulièrement sournoises que peuvent adopter certains agitateurs.

    Le mois dernier, des sites internet à l’audience marginale se sont fait l’écho d’un prochain reportage qui dévoilerait les dessous de ce que ses initiateurs ont pompeusement nommé “le jihad silencieux”. À la manœuvre, un journaliste israélien du nom de Zvi Yehezkely, soi-disant “spécialiste du monde arabe” et employé par la chaîne Aroutz 10. Pendant des mois, il se serait infiltré dans les méandres des réseaux de « l’islamisme en France » dominé, d’après lui, par la confrérie des Frères musulmans. À la suite de son investigation, le journaliste promet de tout déballer sur l’entreprise sournoise des aspirants au jihad d’un nouveau genre qui, cette fois, n’utilise pas la lutte armée mais l’entrisme progressif dans les institutions des pays occidentaux pour faire avancer leur agenda maléfique. Le sujet semble palpitant et le teaser qui annonçait la sortie du reportage mêle musique anxiogène, entretiens en caméra cachée avec des personnages douteux le tout enrobé dans des images saccadées de prières de rue. Pour garder le suspense, le reportage annonce que des révélations fracassantes accompagneront la diffusion, notamment une qui devrait faire sensation : la corruption, apparemment filmée, de Samy Debah, ex-président du CCIF.

    Calomnier, calomnier, il en restera toujours quelque chose

    Sauf que l’histoire racontée a tout d’un canular. D’abord, le reportage tout entier narré en hébreu ne permet en aucune façon pour un francophone de déchiffrer quoi que ce soit. De plus, les auteurs nous indiquent que Samy Debah aurait accepté de grosses sommes d’argent, notamment du Qatar et de la confrérie des Frères musulmans. Or rien, absolument rien, ni dans le reportage ni dans ce qui a été relaté par la presse francophone pro-israélienne ne permet de confirmer cette accusation. Qu’il s’agisse de I-24 News (propriété de l’homme d’affaires Patrick Drahi, également patron de SFR et du groupe audiovisuel mêlant RMC et BFM TV) ou des sites de propagande comme JForum, on reste dans l’assertion gratuite sans aucune mention de preuves qui donneraient des éléments factuels et tangibles qui crédibiliseraient la charge de l’accusation. Pire, on est même dans le délire notamment lorsqu’on lit sur le site de l’un des parrains du documentaire que Samy Debah aurait « accepté des fonds d’une organisation djihadiste ». Rien que ça ! La seule séquence censée être compromettante et qui tourne en boucle est celle où l’on voit l’ex-président du CCIF habillé en peignoir au seuil d’une porte qui semble être son appartement. Dès le début de la polémique, l’intéressé qui a immédiatement réagi sur les réseaux sociaux pour rétablir les faits a avancé cette version pour expliquer les dessous de cet épisode :

    “Au mois de décembre 2016, alors que j’étais malade, je recevais des visites de courtoisie de la part de personnes venues s’enquérir de ma santé. Pensant accueillir l’une d’elle, j’ai été surpris de voir posté devant ma porte un individu en tenue traditionnelle moyen-orientale ressemblant à un réfugié syrien, souvent présent dans ma ville. Sur le moment, il me semblait reconnaître un de ceux qui se tiennent près des feux de signalisation en dessous de mon immeuble, demandant de l’aide aux passants. Alors que je ne l’y avais pas invité, cet homme s’est alors permis de passer le seuil de mon domicile sans ma permission.

    Ne supportant pas, en raison de ma douleur du moment, la position debout, je lui ai demandé de prendre place à son tour pour entendre sa requête. Il s’est alors présenté comme étant issu d’une riche famille de commerçants jordaniens dont le père était décédé. Ce dernier lui avait demandé de faire un don au CCIF parce qu’il aidait les victimes d’islamophobie. Il m’a ensuite demandé si nous avions déjà reçu des dons, alors même que le CCIF ne vit que des adhésions de ses membres et des dons de ses sympathisants.

    Par la suite, il a totalement changé de sujet en parlant du Qatar et de Youssef al Qardaoui. J’ai dès lors eu un doute sur la nature du personnage et ses intentions. Ses propos devenaient complètement incohérents (mélange des lieux et des personnes). Pour mettre un terme à la conversation, je lui ai donc proposé de lui transmettre le RIB de l’association par mail s’il souhaitait vraiment faire un don, afin de garder une trace de nos échanges, alors qu’il avait été convenu de le lui remettre sur place.”

    Jean-Paul Ney ou l’art de la désinformation

    L’histoire ne s’arrête pas là. En effet, le journaliste israélien qui affirme lui même avoir été briefé par les services secrets comme le Mossad ou le Shin Bet – et dont on rappelle qu’il s’est infiltré dans de nombreuses mosquées de France grâce à sa maîtrise de la langue arabe et son look de “cheikh du Moyen-Orient” doté d’une barbe foisonnante – s’est fait accompagné pendant toute la durée de sa mission par un certain Jean-Paul Ney. Or, ce dernier qui continue à se présenter impunément comme “journaliste” cumule un nombre impressionnant de casseroles. Plus proche de l’agitateur compulsif que de l’enquêteur impartial, l’homme comptabilise quatre condamnations de la justice française à son encontre notamment pour « diffamation », « vol », « appropriation d’un secret de Défense nationale » ou encore « menaces de mort ». Pour cette dernière, il a même écopé d’une injonction de soins psychiatriques comme le rappelle le site de France Info. Habitué des outrances, insultes et méthodes agressives, Ney a même brûlé son passeport français suite à une décision de l’administration française qui lui déplaisait. Last but not least, il a récemment été banni définitivement du réseau social Twitter suite à un énième échange particulièrement injurieux avec un internaute. Sur la base de ce dossier particulièrement lourd, tout le monde s’accordera à dire que le “documentaire” de la chaîne israélienne voit sa crédibilité anéantie dès lors qu’un personnage aussi burlesque en a été l’un des principaux piliers…

    Barrer la route à un rival politique

    Mais ce n’est pas tout. Car, dans la petite constellation des réseaux qui ont publiquement applaudi le travail du duo Yehezkely-Ney, on trouve un certain François Pupponi. Or, cet ancien maire de Sarcelles très actif dans la mouvance pro-israélienne était l’an dernier opposé au second tour des élections législatives face à un certain… Samy Debah. Alors qu’il pensait gagner haut la main dès le premier tour, l’homme a redoublé d’activisme entre les deux tours multipliant les insinuations contre son adversaire et n’hésitant pas à chiner des voix jusque devant les mosquées de sa circonscription pour garder son poste… Ici, un scénario plausible semble émerger. Plus d’un, en effet, peut aisément deviner que l’actuelle cabale contre Samy Debah s’inscrit dans le cadre d’une chasse aux sorcières destinée à diaboliser un homme qui a fait la preuve de son intégrité au cours d’un parcours militant qui l’a poussé à défendre une certaine idée de la cohésion nationale. Loin de ceux qui se courbaient ou se taisaient, Samy a toujours défendu des principes de respect du droit, notamment à l’endroit de la minorité musulmane régulièrement discriminée. Qui plus est, il est depuis peu un challenger sérieux qui bouscule l’échiquier politique local. Face à une telle configuration qui mettrait en péril certains privilèges, le documentaire à charge aurait donc comme objectif de ruiner sa réputation en le faisant passer pour un agent de l’étranger. Or, cette manoeuvre semble bel et bien vouée à l’échec tellement les zones d’ombre, incohérences et autres contorsions sont légion. Entre un Jean-Paul Ney totalement désavoué par le milieu du journalisme, un François Pupponi déjà condamné par la justice pour diffamation et un documentaire israélien uniquement relayé par les réseaux alignés sur le gouvernement d’extrême-droite de Tel Aviv, nous voilà en face d’une machination qui finira par se retourner contre ses initiateurs. Pour le plus grand bonheur de Samy Debah qui a déjà annoncé intenter plusieurs actions en justice pour rétablir la vérité.